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J’ai un grand atelier à la campagne. J’y travaille, j’y suis mieux qu’en ville. J’ai réalisé quelques progrès. Pourquoi si tard et péniblement ?
Lettre à Ambroise Vollard, Aix, le 9 janvier 1903
Le chemin des Lauves se trouve au nord d’Aix, en direction du village de Puyricard. Cézanne y fait aménager un atelier dans lequel il travaille les quatre dernières années de sa vie. Celles-ci témoignent d’une activité créatrice extrêmement audacieuse, puissante et profonde. Outre les natures mortes, les portraits et les Sainte-Victoire, le peintre oriente son travail sur le thème des baigneuses, qu'il avait abordé dès le début des années 70.
Parvenu à l’âge de soixante ans, c’est une manière pour Cézanne de se remémorer l’époque heureuse et insouciante de sa jeunesse, les randonnées avec ses amis Zola et Baille dans la campagne d’Aix, les heures passées au bord de l’Arc. Mais au-delà du souvenir nostalgique, c’est une motivation plus profonde qui le pousse dans ses recherches, et qui tient à sa vénération pour les peintres classiques : réunir l’homme et la nature, arriver à un point de perfection et d’harmonie.

Cézanne achevait le portrait de mon père. J’assistais aux séances. L’atelier était vide. Seuls, le chevalet, la petite table à couleurs, la chaise où s’asseyait mon père, et le poêle le meublait. Cézanne travaillait debout… des toiles, en tas, contre le soubassement, dans un coin.(…) La plupart du temps, quoiqu’il eut ses brosses et sa palette en main, Cézanne regardait le visage de mon père, le scrutait. Il ne peignait pas. De loin en loin, un coup tremblotant de pinceau, une mince touche appuyée, un vif trait bleu qui cernait une expression, dégageait, affirmait un coin fugitif de caractère… C’était le lendemain que je retrouvais sur la toile, le travail de pénétration accompli la veille.
Joachim Gasquet, Conversations avec Cézanne, Ed. Macula, 1978.
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