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Il faut avoir vu, entassées dans les combles du Jas de Bouffan, pêle-mêle, les centaines de toiles, pour la plupart inachevées, souillées, martelées, de cette époque, pour comprendre le travail sourd, pénible, le martyr heureux avec lequel Cézanne s’est emparé de son âme et de cette terre, les a, pour ainsi dire, emboîtées, imbriquées l’une dans l’autre, dans le même regard, dans le même métier.
Joachim Gasquet, Conversations avec Cézanne, Ed. Macula, 1978.

Cézanne a 20 ans lorsque son père acquiert la propriété du Jas de Bouffan en 1859 et 60 ans au moment de sa vente en 1899. Ce site est le «centre de gravité» de toute cette Provence à laquelle le peintre est attaché. Dans les années 1860, Cézanne peint à même le mur du Grand Salon des œuvres monumentales, des oeuvres religieuses et des séries de portraits.
C’est aussi le lieu de l’apprentissage de la peinture de plein air : de l’extrémité du jardin, il peint sa première Sainte-Victoire en 1870. Vers 1871, il commence à peindre l’allée des marronniers et le bassin, dont les représentations se multiplieront autour des années 70-80. Cézanne s’éloigne de la matière «couillarde» de ses premières années, et cherche à éclaircir sa palette. Dans les années 80, notamment avec la maison elle-même, Cézanne impose une rigueur géométrique à ses oeuvres.
Après 1890, il prend ses modèles parmi les métayers de la propriété : joueurs de cartes, hommes fumant la pipe, vieille au chapelet. Il travaille lentement, il cherche non pas à imiter, mais à «réaliser», c’est-à-dire construire une chose solide et durable. Il donne aux gestes de la quotidienneté une dimension d’intemporalité.
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