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C’est un vaste champ de formes apparemment nées au hasard, une sorte de fabuleux terrain de jeux qu’aurait voulu créer un géant de la préhistoire, en empilant des cubes, ou en creusant des trous et qu’il aurait abandonné sans avoir rien réalisé de son projet extravagant. Puis la nature a étendu un tapis de végétation, reprenant ainsi possession d’un lieu qui lui avait été arraché.
Cézanne, exposition «Les dernières années», 1978
Un site magique et préservé Entre la route du Tholonet et la route de Vauvenargues, Bibémus désigne un plateau rocheux dont la surface, équivalente à 7 hectares, était exploitée en carrières de pierre. Bibémus fait parti du Grand Site Sainte-Victoire.
La roche de Bibémus de couleur ocre est née dans le bleu d’une mer ancienne, elle est le fruit d’une accumulation lente de sédiments sur les fonds marins. Une fois la mer disparue, cet assemblage de matériaux oxydés s’est compacté pour laisser place à une roche jaune lumineuse.
L’exploitation des carrières qui remonte à l’antiquité a longuement servi aux constructions alentours, notamment pour la ville d’Aix pendant le XVIIe et le XVIIIe siècles. Elles sont pratiquement épuisées et abandonnées à la fin du XIXe siècle du fait de la mauvaise qualité de la roche (fissures, poches de sable). Une dernière exploitation, pour transformer la roche en sable, est tentée en 1945 mais elle est rapidement abandonnée.
A l’époque de Cézanne, les carrières de Bibémus étaient pratiquement à l’abandon. Le peintre y louait un petit cabanon où il pouvait mettre ses toiles à l’abri et même y coucher au besoin. Des motifs si singulier des «rochers» oranges, aux formes géométriques, Cézanne a tiré des œuvres saisissantes qui annoncent le cubisme et dont la renommée est mondiale.

L'aménagement des carrières La ville d’Aix, propriétaire des lieux, a engagé un aménagement paysager afin d’ouvrir les carrières aux visites du public. Dans un souci indispensable de conserver au site son caractère exceptionnel et de sauvegarder l’intimité et la fragilité du lieu, la scénographie du parcours reste discrète. Aucune signalétique n’est prévue pour ne pas encombrer le site et ne pas créer de distance entre les visiteurs et la «matière». Pénétrant dans une carrière abandonnée, le visiteur change d’univers, s’immerge dans une forêt «dorée». Il entre en rapport avec la pierre et la végétation.
Au sein de ce lieu d’exception la visite raconte trois histoires : celle de la formation géologique du site, celle de la ville d’Aix construite avec cette pierre ocre jaune, et celle de Cézanne qui a immortalisé cette gigantesque architecture.
Ces aménagements ont été réalisés par Philippe Deliau et Hélène Bensoam, ALEP, paysagistes à Cadenet.

A lire : Les carrières de Bibémus, Un paysage inspiré. Dessin de Ninon Anger, textes de Philippe Deliau. Editions Alep
Cet ouvrage raconte une visite aux carrières de Bibémus, à travers trois temps forts : comment s’est formée cette roche ? Comment a-t-elle été exploitée et comment Cézanne l’a peinte ? Cette promenade vous amène au cœur des carrières et vous invite à la découverte de quelques uns des plus beaux motifs cézanniens…
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